Nager, rouler, courir, manger, dormir, nager, rouler, courir, manger, dormir, nager, rouler, courir, manger, dormir…telle est la vie de milliers de triathlètes, telle fut la mienne
pendant les sept mois qui précédèrent l’Ironman de Barcelone. Sept longs mois de préparation pour que le corps accepte peu à peu l’idée d’enchaîner douze heures d’efforts intenses. Stopper
l’alcool et la marijuana, bref devenir un triathlète.
Nous étions trois du Léman tri club à avoir fait le déplacement pour disputer cette première édition du Quelle Challenge Barcelona ce dimanche 4 octobre ; Fabrice Gaydoux, Fabrice Geydet et moi-même.
Arrivée le vendredi 2 octobre sur place. Station balnéaire de « Calella », à une cinquantaine de kilomètres au nord de Barcelone sur la Costa de Maresme. Ambiance estivale, paysage azur et température de 25°C à l’arrivée…pour un début octobre, c’est bon pour le moral !
Retrait des dossards la journée du vendredi au village expo de l’évènement. En y allant je passe à hauteur de nombreux stands beaux pour les yeux mais néfaste pour le compte bancaire. Je fais donc mine de ne pas les remarquer. Je craque tout de même sur quelques accessoires comme bonnets, t-shirt, maillot, lunettes etc.
Ca y est j’ai mon dossard, le bout de tissu qui m’accompagnera pendant toute l’aventure. C’est un moment merveilleux, à ce moment je prends pleinement conscience de ce qui m’attend. La course est pour bientôt.
Le samedi, veille du coup d’envoi, la journée est consacrée au briefing de course et à l’installation des affaires dans le parc à vélo. Mettre le vélo à l’emplacement attribué, installé toute la bouffe sur le cadre, préparer le sac « bike », le sac « run », puis les porter sous la tente de transition. Ravito, vaseline, casque, dossard, lunette…qu’ai-je oublié ? Rien apparemment. Ok go ! Allons visualiser la rangée dans laquelle le vélo est situé. Mon dossard est le 800 ; troisième à gauche sous la tente à la sortie de l’eau, puis huitième à droite dans le parc.1800 vélos alignés sur des longues allées de tapis rouge. Le spectacle est grandiose. Je ne peux m’empêcher de sourire d’excitation, c’est génial. Tout est installé à présent. Dernière check-list, dernier coup d’œil au vélo, petite pensée pour Fred qui m’a fait l’honneur de me prêter son Argon 18 E114 pour l’évènement, et enfin je quitte les lieux. A demain matin !
Avant de poursuivre ce récit je me dois de faire un petit aparté qui a bien perturbé toute ma semaine de pré course. J’ai en effet souffert toute la semaine, comme régulièrement au cours de cette année de vives douleurs musculaires dans les jambes. Voilà maintenant un an que je cherche à résoudre ce problème qui m’a déjà coûté un abandon cet hiver au marathon de Florence. Crampes de stress, manque d’élongation, carences ? Je cherche, je cherche. Check up sanguin…rien. Je consulte trois généralistes différents au cours de l’année qui arrivent tous à la même conclusion : « manque de magnesium ». Ampoules de Mag2 deux fois par jour, boire de l’hépar, chèque de 22euros la consultation, merci au suivant……………bilan nul ! J’ai mal, rien ne s’arrange et comme tout sportif qui connait plus ou moins son corps à force de le mettre à l’épreuve je sais que je ne souffre pas de crampes classiques. Le problème est ailleurs. Lundi d’avant course je stop une sortie vélo au bout de 15km. Douleurs musculaires aux fessiers. Le mardi matin je stop mon footing au bout de 4min. Douleurs aux cuisses qui me scotchent sur place. J’ai envie de chialer, j’ai les nerfs, l’ironman tant attendu est dans maintenant quatre jours et ces péripéties commencent sérieusement à le compromettre. J’aurai mal ainsi tous les jours de la semaine jusqu’au moment du départ. Massages, stretching et prières auront rythmés ma semaine. Pas les conditions idéales pour aborder son premier LD.
Jour de course. Réveil 4h30. Je n’ai pas dormi de la nuit. Aux dires des habitués c’est souvent ainsi la nuit qui précède la messe. Je ne m’inquiète pas je me sens reposé. En revanche j’ai mal aux jambes, très mal. Les mollets maintenant. J'ai le moral dans les chaussettes; Je crois que ma tête a déjà abandonné. Et pourtant je rêve tellement d'être finisher. Un rêve que je nourris depuis deux ans maintenant. Allez, allons au p'tit déj', on verra bien. Dans le réfectoire de l'hôtel, spécialement ouvert de 5h à 6h pour les triathlètes, je réveillonne. Manger, manger! La journée va être longue et me goinffrer me procure un réconfort psychologique qui m'aide à me sentir bien dans les baskets avant une course. En plus ma combi est trop large alors il faut bien la remplir.
J'attrappe les affaires de natation et hop au départ. Dans la rue une nuée de bargeots encore ensuqués abondent dans la même direction......le départ. Dernier tour au parc à vélo pour vérifier si le matos a survécu à la nuit, gonflage des pneus, vérification des allées, je saute dans mon néoprène et hop direction la plage. Magnifique. La musique, le speaker, l'enclos à bestiaux, départ sur la plage, des mongolfières au dessus du départ, des tapis rouge, l'hélicoptère en stationnaire au dessus de la mer et le lever de soleil sur la méditerrannée...ah putain ça en jette. Quel beau sport. Je souris, je n'ai plus peur de mes douleurs aux jambes. Ce qui devra arriver arrivera.
Le départ est donné en 12 vagues espacées de 8 minutes chacune. Je vois passer Xavier Le Floch qui se dépêche d'aller rejoindre la première vague des pros. Le speaker ne parle que de Zamora, originaire de Barcelone. Il court à domicile cette fois ci. Déjà qu'à l'extérieur il n'a pas l'habitude de décevoir, que va-t-il en être chez lui?...
Ca y est le départ est lancé. Les vagues s'enchaînent, la mer est un peu agitée. Je suis dans la septième vague. J'apperçois Fabrice Gaydoux au loin. Lui est dans la huitième. Mon objectif est de le voir le plus tard possible en vélo. Pour ceux qui ont déjà roulé avec, vous comprendrez de quoi je parle.
Dans la zone de pré départ alors que la cinquième vague se lance, un british avec les dents en avant m'apostrophe.
- What time you think for the swim lap? Je veux lui mettre la pression, sûr de moi je lui réponds.
- I don't know about 54 or 55'. And you?
- Me? It should be 51'!...............................................
Ok ciao on se voit à la fin. BOOM le départ est lancé. Je vois mon poisson britanique partir comme une balle. Il avait pas menti. En 100m il est déjà détaché du groupe. Moi je me calle dans un rythme de sénateur. Je ne sais pas comment mes jambes vont tenir et même si elles tiennent la journéé est longue. L'eau est délicieuse, claire, on voit le sable au fond. 1900m allée, 1900m retour. Alors ça c'est du parcours. Très vite on rattrappe des retardataires des premières vagues. Je nage tout souple, l'eau est trop bonne c'est le bonheur. Je prends tout de même un mec dans la gueule qui était sur le chemin du retour mais qui a dérivé dans le chenal de l'allée. 1900m demi tour, je fais un virage dos ventre autour de la bouée. Ca ne sert à rien mais ça fait "genre". Je souris, et je repars. Je m'arrête deux fois pour m'étirer dans l'eau. Mes crampes me lancent. L'arrivée approche, je sors enfin de l'eau, coup d'oeil au chrono 1h03min. Je me marre. A ce moment j'entends Fred et Lolo se foutre de ma pomme. Le nageur du groupe qui sort en 1h03....ahahahahahahah. A noter au passage la belle perf de Fabrice Gaydoux qui en terminera en 1h02min. Bravo grand Fab'!!!!
Allez la course commence. La combi aux chevilles, bref passage sous les brumisateurs pour se désaler le museau, rinçage de bouche....ppppppffffffoooouuuuaaaaa c'est dégueu l'eau de mer. Ca me rappel les rinçages nasaux au stérimar. Beurk!
Je cours à la tente, j'attrappe le sac "bike" pour m'équiper, je choisis de rester en trifonction, aïe les fesses pendant 180km. Tant pis j'ai pas mal. Un bénévole me range ma combi, je lui lance un "gracias" avec un accent à couper au couteau. "De nada" et je me casse au parc à vélo. J'enfourche le mythique Argon 18 de Mister Forini.
Je bois je m'alimente, je choppe des crampes à gogo dont une aux fessiers qui me scotche. A ce moment là je suis persuadé de devoir abandonner dans quelques kilomètres. J'arriverai finalement à aller au bout des 180km (parcours de 2 boucles de 70km + une petite boucle de 40km) en m'étirant régulièrement en suspension sur les pédales autos et en m'aspergent les jambes avec de l'eau froide aux ravitos. J'en termine avec un chrono raisonnable de 5h42min. Un mec qui pose le vélo en même temps que moi le lâche:
- On va faire un footing maintenant?????
42km, un marathon....Putain dans quoi je me suis embarqué. Je sais que la course et les difficultés ne font que commencer.
Je me débarasse du argon, je cours à la tente, j'attrappe le sac "Run" et je me change intégralement. Vaseline sur les tétons pour anticiper les irritations et GO. Je baptise le premier arbre que je croise et hop cette fois ci c'est parti. 1km pour aller sur le parcours marathon, 4 boucles de 10km, et le km retour au départ.
Le premier 10km se passe bien en 52', je regarde la montre au demi tour pour contrôler Fabrice qui est toujours derrière moi à ce moment là de la course à cause de 8min de pénalité qu'il a écopé pour drafting. A sa décharge, c'était pas toujours évident sur ce parcours de laisser les marges imposées....mais bon.
7 min d'écart lorsque je le croise. Ca veut dire qu'il est en avance sur moi de 1min compte tenu qu'il est parti dans la vague après la mienne.
2ème boucle 15min d'écart......craque t'il????? Je ne lui souhaite pas mais je souris......en réalité non. Il ira de mieux en mieux jusqu'au finish, tandis que moi.............
2ème boucle en 48'.....je vais bien. Je n'ai plus aucune douleur.........................................et pourtant au 22ème km je prends l'éclat de ma vie. Je m'arrête net. Les jambes ne veulent plus, j'ai envie de chialer comme une fillette et j'ai un mal de chien à l'estomac. J'ai dut boire trop de flotte. On m'avait pourtant mis en garde. Je ressens un sentiment de souffrance intense et d'euphorie. A ce stade de la journée je sais que je serai finisher. MON REVE. Et c'était pas gagné le matin avant le départ. Je marche 9 très longs kilomètres en buvant du coca par petites gorgées. Beaucoup de gens sont là pour encourager. Le profil de course est un peu du type promenade des anglais à Nice. Palmiers, soleil, soleil, soleil...Putain il fait chaud!
A partir du trentième km j'alterne marche et course à pied, 2'/3'.
Au 40ème km je prends pleinement conscience que c'est terminé. A gauche pour ceux qui poursuivent le marathon, à droite pour ceux qui vont au finish. Je tourne à droite. Il reste 2km. Je souris, je souris, je souris. C'est terminé! Je me sens transcendé. Je boucle les deux derniers km en 8' tout rond. Pour quelqu'un qui était au bout 1/2h avant c'est pas mal! Le finish est fabuleux. On traverse une foule dense, on tape dans la main des gens, on retire sa casquette et on savoure car dieu sait que c'est savoureux. La ligne d'arrivée..............YESSSS!!!!!!!!!!!!!
Je termine avec un temps moyen de 11h52min ET un temps marathon lamentable de 5h03min. Je suis un peu déçu, le marathon est ce que j'avais le plus travaillé au cours de l'année, mais bon....vous savez quoi??? Ca n'a aucune importance car c'est bien d'aller au bout qui compte sur ce genre de distances, quoi qu'il en coûte. L'esprit de l'Ironman c'est cela, de Marcel Zamora qui termine en 8h15 au dernier bonhome qui termine en 16h51min.
Vivement le prochain, avec les copains du club j'espère.
A bon entendeur,
'dieu!!!

Dimanche 19 août, 8h,
départ de la première vague du triathlon de Genève, avec Pascal Etienne et Didier Choron, pour le club, et Thierry Jarnet pour le TAC...
Commentaires